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L’origine des prénoms musulmans

Origine des prénoms

Prononciation

Il existe une certaine tendance à attribuer une nationalité à un prénom en raison de sa fréquence dans un pays donné ; on oublie alors que ce prénom est avant tout arabe.

Les prénoms transitent d’un pays à l’autre et subissent des altérations et des déformations au cours de leur voyage. La prononciation, quant à elle, joue un rôle très important dans la mesure où le prénom n’a plus la même signification lorsqu’il est déformé. Par exemple, le prénom Thurayyâ qui signifie astre, pléiade, a donné naissance à des prénoms tels que Touriya ou Soraya, qui n’ont plus aucun sens en arabe. Chaque pays a sa propre manière de prononcer les prénoms. Ainsi, Khâlid et Khadîja deviendront en Turquie Hâlit et Hatîdje. De même, Ridâ et Mas’ûd deviendront en Iran Rezâ et Masût.

 

Signification

Contrairement aux cultures occidentales, les cultures arabe et asiatique se réfèrent toujours à la signification du prénom, bien que cette dernière ait perdu de son importance dans certaines parties du globe. Cependant, dans certains pays attachés à la religion, comme l’Espagne, il est fréquent de rencontrer des prénoms comme Immaculacion, Pilar, Lurdes, signifiant respectivement Immaculation, Pilier et Lourdes.

Certains prénoms n’ont pas de signification dans la mesure où les parents les ont tout simplement inventés.

 

Mixité

De même, la mixité de certains prénoms reste souvent non maîtrisée. Par exemple, de nombreux prénoms féminins tel Ridwâna sont usités alors que seul le prénom masculin a une signification ou inversement. Certain- prénoms tels que Bahâ’, Wafâ’, Sabâh, sont réservés aux garçons dans un pays, et exclusivement attribués aux filles dans un autre. En fait, ces prénoms sont classés parmi les prénoms mixtes. Les prénoms mixtes sont généralement des pluriels (Sihâm, Sayâlin, ‘Awâtif), des noms de qualités ou sentiments (Karâm, Majd, Amal) ou bien des superlatifs (Andâ, Ançaf, As’ad).

Origine

Dans le choix du prénom, la question sur son origine demeure de taille. En effet, contrairement à ce que l’on pourrait croire, de multiples prénoms supposés arabes ne le sont pas, mais découlent très souvent de civilisations ayant dominé le monde dans le passé comme l’Empire perse, l’Empire ottoman, sans oublier bien sûr la civilisation gréco-romaine.

La présence de cette multitude de prénoms étrangers dans le monde arabo- musulman s’explique par les échanges de civilisations et les nombreux brassages de population qui se sont opérés lors des guerres de religion. Pour comprendre l’afflux de ces prénoms étrangers dans la langue arabe, il s’avère indispensable de se référer à l’histoire.

L’hégémonie perse

Les Perses sont installés depuis le deuxième millénaire sur le plateau de l’Iran. En moins de vingt-cinq ans, ce peuple jeune et dynamique édifie un empire immense. Ce carrefour entre l’Orient et l’Occident s’impose brusquement aux pays méditerranéens du Proche-Orient. L’Iran assure désormais la liaison entre l’Inde et les pays méditerranéens. Le roi Cyrus aida les juifs déportés à Babylone par Nabuchodonosor à retourner en Palestine. Sous son règne, de grandes conquêtes vont avoir lieu et son fils Cambyse achève ce programme de conquêtes en soumettant l’Égypte, la Libye, la Nubie et l’Éthiopie.

La puissance achéménide perse se heurte à la résistance grecque. Mais sous Darius « Roi des Rois », l’Empire perse atteint l’apogée de la puissance et devient une charnière entre l’Asie, la Sibérie et l’Afrique. La Perse étant à l’époque non seulement le berceau de la civilisation et des arts, mais encore une nation florissante qui va enrichir la langue arabe particulièrement en matière de noms de fleurs et de pierres précieuses ou semi-précieuses.

L’hégémonie grecque

Sous Darius III, Alexandre le Grand réalise la conquête de tout l’Iran. Un état gréco-iranien se forme par la fusion de l’Orient et l’Occident. L’influence grecque, visible dans le domaine culturel et artistique, s’exerce jusqu’aux confins de l’Inde et de la Chine et ce, jusqu’à la conquête musulmane. Très souvent, il reste extrêmement difficile de se prononcer sur l’origine d’un prénom en raison des brassages et des mouvements de population. Ainsi, certains prénoms, définis comme des prénoms d’origine biblique, tel Elias, peuvent être d’origine grecque. De même, un prénom défini comme grec, tel Yâkût, peut en réalité découler du persan ou du turc.

L’hégémonie arabe

La domination arabe a elle-même fortement influencé les autres civilisations, particulièrement lors de la Guerre sainte, soit le Jihad islamique, et les Croisades.

La Perse est l’un des premiers pays à tomber sous les coups des Arabes. En 570 ap. J. C., le Prophète Muhammad (JÈ£) voit le jour. 11 recevra la Révélation divine en 610.

L’âge d’or de l’Islam coïncide avec l’islamisation complète de l’Arabie. Au temps du légendaire Hârûn Ar-Rashîd (786-809), la civilisation arabe brille de tout son éclat. Les Arabes excellent dans le domaine des sciences et des arts. Leurs astronomes, médecins, mathématiciens et alchimistes sont célèbres dans toute l’Europe.

A cette époque, la langue arabe, parlée dans tout l’empire, possède un vocabulaire très riche, chaque mot comportant une multitude de synonymes. La littérature, qui allait connaître un épanouissement sans pareil, s’inspire à l’origine de traditions orales. Au VIIIe siècle, on assiste au foisonnement d’une série d’œuvres importantes de grande qualité, poèmes ou romans comme Les Mille et une Nuits ou le roman de ‘Antar, mais aussi des contes et fables que les Arabes aiment, particulièrement les Abbassides, les Fatimides et les Ayyoubides. Ces contes et romans vont donner naissance à des prénoms comme Shahrayâr, Shahrazâd et Dinarzâd.

Les prénoms arabes ne se limitent pas aux seuls pays arabes, mais sont aussi usités dans tous les pays musulmans : Afghanistan, Azerbaïdjan, Bangladesh, Chine, Inde, Indonésie, Iran, Kazakhstan, Malaisie, Pakistan, Philippines, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizstan, Turkménistan, Turquie, ainsi que dans certains pays d’Afrique (Mali, Niger, Sénégal…).

 

L’hégémonie turque

En 1250, les Turcs mamelouks supplantent la dynastie des Ayyoubides. À la même époque, les Mongols héritiers de Gengis Khan menacent l’Iran et l’Iraq. En 1292, les Ottomans détruisent l’Empire seldjoukide. En 1517, l’Empire ottoman remplace l’Empire arabe.

La domination de l’Empire ottoman a également marqué de son empreinte le monde arabe, notamment l’Egypte, en enrichissant le vocabulaire arabe de mots turcs. Cet apport va donc alimenter la langue arabe en matière de prénoms nouveaux. En Égypte, il est fréquent de rencontrer deux sortes de prénoms arabes, mais usités essentiellement par les Turcs :

L’influence biblique

Un grand nombre de prénoms supposés arabes et très prisés dans le monde arabo-musulman sont en réalité d’origine biblique. Cet afflux de prénoms bibliques dans le monde arabo-musulman s’explique par le fait que le judaïsme est la première des trois religions divines révélées. Abraham, patriarche hébreu qui avait foi en un Dieu unique, est le père des nations par ses deux fils Ismaël et Isaac, pères respectifs du peuple arabe et du peuple hébreu. Ainsi, un grand nombre de prénoms de prophètes hébreux, comme Abraham, Moïse, Aaron et Jésus, sont mentionnés dans le Coran. Cependant, en raison des similitudes existant entre l’arabe et l’hébreu ainsi que de leur descendance commune de l’araméen, il est parfois difficile de savoir si un prénom est d’origine hébraïque ou arabe.

 

Conclusion

Toutes ces considérations montrent combien un prénom peut être prédestiné et que de fois avons-nous entendu la réflexion : «II, ou elle, porte bien son prénom. »

Article extrait du livre « Dictionnaire des prénoms arabes » de Dina Tidjani aux ed. TAWHID


21 août 2014
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